Le vent souffle, et tourne, tourne la roue de la fortune. Favorisés un jour, écrasés le lendemain...
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 Shaheen de Fallones

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Shaheen de Fallones
Un type bien
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Messages : 151

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Origine: Zealyv
Rang: Corsaire, Chevalier

MessageSujet: Shaheen de Fallones   Jeu 10 Avr - 18:58



Shaheen de Fallones

« Le rire est le premier pas vers la libération. On commence par rire. On rit donc on se libère. On se libère donc on peut combattre. »



SURNOM : Shan, Khaled, Le Faucon.
ÂGE : 33 ans.
ARCHIPEL : Zealyv.
ORIENTATION SEXUELLE : Ouvert à tout horizon.
GROUPE : Corsaire (d’origine noble)
RANG : Chevalier, capitaine du Pélerin.
RANG PERSONNALISÉ : Un type bien
PARTICULARITÉS : -  Il est père d’une fillette de onze ans, Emily.
- Il est actuellement en possession d’un faucon pèlerin qu’il a lui-même dressé il y a quelques années. Nommé Farh, celui-ci l’accompagne en permanence lors de ses voyages en ciel.
-  On le voit le plus souvent avec un sabre, mais il se plait également à manier l’arc, même s’il s’en sert peu en situation réelle.



Feat : Tohkasa Tokiomi (fate/zero)
(+ Tohkasa Rin, fate/stay night)




Description Morale

Shaheen est, par nature, quelqu’un qui rit. N’importe qui le connaissant depuis plus de cinq minutes peut facilement arriver à cette constatation. D’un naturel joyeux, il inspire facilement la sympathie et s’amuse aisément d’un rien, ayant conservé avec l’âge un côté enfantin qu’on lui reproche parfois. Il n’est pas rare qu’il plaisante dans des situations que les autres jugent complètement inappropriée, par exemple face à un danger potentiellement mortel. On le croirait capable de rire de tout et en toute situation, et on raconte que même une lame pointée sous la gorge ne l’empêcherait pas de sourire. Cela ne signifie pas qu’il n’est pas capable de se montrer sérieux quand il considère que la situation l’exige, notamment quand ses proches sont menacés - cependant, il possède un certain détachement vis-à-vis des situations dangereuses pour sa propre personne. Il préfère rire plutôt que de montrer la peur ou la tristesse qu’il pourrait éventuellement ressentir, peut-être pour se protéger d’une douleur qu’il a trop ressentit par le passé.  Et à force d’avoir une telle attitude, ces genres de sentiments se sont faits de moins en moins présents en lui ; cela fait bien des années qu’il n’a plus versé que des larmes de rire.

Malgré sa position de corsaire, il ne porte aucune haine ou rancune particulière envers les pirates. Il fait son métier tandis qu’eux font le leur : c’est dans l’ordre des choses. Il n’aura aucune hésitation à planter son sabre dans la poitrine d’un de ces forbans si la situation l’exige, mais n’est pas du genre à faire du zèle et ne rêve pas de libérer les archipels de cette menace - après tout, n’y  perdrait-il pas son travail ? Shaheen n’a rien d’un idéaliste. Unifier tous les archipels, de surcroit par la force, ne l’intéresse pas particulièrement. De même, il ne se sent pas l’âme d’un patriote.  Zealyv est certes la patrie de son père et lui-même y a vu le jour, mais celle de sa mère se trouve – ou plutôt, se trouvait - sur le sixième archipel.  Peut-être bien qu’il rêva un jour de libérer sa mère de sa condition d’esclave, ainsi que tout son peuple avec ; mais c’était il y a longtemps, quand il était encore jeune,  assez naïf pour croire qu’il était possible de changer le monde. Aujourd’hui, ses motivations sont bien plus modestes : profiter de la vie qui lui a été accordée et faire le bonheur de ses proches. Shaheen est quelqu’un d’intelligent, mais qui n’aime pas passer du temps à réfléchir. Il est loin d’aimer les choses qu’il juge trop compliquées et préfère apprécier les plaisirs simples de la vie.  
Malgré cela, il a la fâcheuse manie de se retrouver sans cesse dans les ennuis. A cause de son tempérament moqueur, il a tendance à se faire aisément des ennemis ; et sa curiosité naturelle le conduit souvent à " se mêler de ce qui ne le regarde pas ". Ce n’est pas faute d’essayer de la réprimer, pourtant,  mais c’est bien souvent plus fort que lui. Les mystères l’ont toujours inexorablement attiré.

Il garde un rapport particulier avec le rang social, étant lui-même né d’une esclave : contrairement aux autres nobles, il ne méprise pas les plus basses classes sociales. De plus, il a passé une bonne partie de son enfance et de son adolescence à bord d’un navire, entouré de marins et d’anciens pirates de toutes sortes : cela se fait ressentir dans sa manière de parler quand il se relâche, bien éloignée du langage hautain des nobles. Il arrive même qu’il se mêle incognito à la population dans le simple but de passer le temps. Après tout, un noble, même de faible condition, n’est pas sensé passer ses soirées à boire dans les tavernes du bas peuple comme il se plait à le faire.


Description Physique

Une peau bronzée par le soleil, des cheveux châtains et légèrement ondulés qui retombent autour de ses yeux d’un bleu étonnamment clair, un sourire fréquemment aux lèvres...Shaheen apparait souvent  dès le premier abord comme quelqu’un de chaleureux. De légers plis apparaissent au coin  de ses lèvres quand il éclate de rire, ce qui est chose fréquente, et de fines rides commencent à se dessiner dans le coin intérieur de ses yeux, malgré qu’il soit encore relativement jeune. Il se plait depuis quelques années à se tailler soigneusement un bouc, dans lequel il passe parfois distraitement ses doigts quand il est amené à réfléchir, tic qu’il a depuis longtemps renoncé à corriger. Quand à savoir si son visage est beau, chacun est juge –  la vue de ses traits n’a en tout cas jamais révulsé personne.

Sa stature, loin d’être frêle, est assez imposante. Des années d’entrainement lui ont forgé un corps altier et des muscles bien visibles ; peu de personnes oseraient mettre sa force en doute, et l’on ne peut qualifier de sensées celles qui s’y risqueraient. De plus, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il est loin d’être dépourvu d’agilité, et la fluidité et la finesse de ses mouvements peuvent se révéler étonnant pour qui ne l’a jamais vu combattre. Ajouté à sa grande taille et aux nombreuses cicatrices qui parsèment son corps, on pourrait aisément le trouver intimidant s’il n’avait pas cet éternel air joyeux sur le visage.

En matière de vêtements, il est loin de se montrer difficile. Il fait quelques efforts quand il est amené à rencontrer d’autres nobles, mais  la plupart du temps, Shaheen privilégie les habits dans lesquels il se sent à l’aise et peut se mouvoir sans être entravé ou alourdi. Tout juste peut-on lui noter une préférence pour la couleur rouge. On le voit aussi rarement sans un épais gant de cuir à la main gauche, qu’il porte afin que son faucon puisse s’y poser sans risquer de lui arracher une partie du bras.


Histoire


Partie I: Secrets de famille
Je descends d’une longue lignée de chevaliers. Notre famille n’est pas particulièrement riches, du moins pas à l’échelle des nobles, mais nous possédons tout de même deux îles de tailles réduite dans la nation de Zealyv – notre nation - ainsi que quelques demeures secondaires disséminées ça et là dans différents archipels. Depuis plusieurs générations, notre famille parcourt le ciel en tant que chasseurs de pirates au service d’une des plus hautes familles de Zealyv. A l’instar de mon père, j’étais destiné dès ma naissance à suivre la voie de corsaire. Tout du moins, c’est ce que la plupart des gens croient.

Si mon géniteur n’avait pas choisit de me reconnaitre, j’aurais sans doute finit esclave.

Ma mère n’est pas la femme de mon père, mais une khamsienne qui servait dans sa demeure. Je suis son fils illégitime, bien que rares soient les personnes en ayant connaissance. Quand elle s’est rendue compte qu’elle était enceinte, ma mère s’est servie du pouvoir qui lui avait été accordé par le Phénix pour dissimuler sa grossesse et la mener à terme sans qu’on ne la découvre. Seul son frère fut mit dans la confidence et l’aida lors de l’accouchement. Mais il était devenu dès lors impossible de me dissimuler  et  le lendemain de ma naissance, ma mère apprit mon existence à mon père.

Pourquoi celui-ci a-t-il choisit de maquiller l’affaire et de me faire passer pour son fils légitime ? On peut être romantique et penser qu’il aimait sincèrement ma mère, ou qu’il ne souhaitait pas m’abandonner par amour paternel et par sens du devoir. Mais on peut également se rappeler de l’incapacité de sa femme à mettre au monde un enfant depuis la mort de leur première fille. Pour ma part, je ne me fais aucune illusion sur la raison pour laquelle je suis encore libre et en vie. On envoya ma mère servir dans une autre famille tandis que mon oncle restait auprès de moi en tant que serviteur.  

Heureusement pour moi, il s’avéra que je ressemblais beaucoup à mon père. On ne mit jamais ma légitimité en doute, d’autant plus que par un étrange hasard, mes yeux étaient du même bleu que ceux de ma « mère » officielle.

Mes liens avec celle-ci furent assez complexes. Enfant, j’ignorais que je ne partageais aucun lien de parenté avec elle. A mes yeux, elle était ma mère tout autant que mon père était mon père. S’il lui arrivait de se montrer particulièrement distante envers moi, je ne m’en étonnais pas : c’était la seule mère que je connaissais et j’ignorais qu’il pouvait en être autrement. De plus, il arrivait qu’elle fasse preuve d’une grande tendresse à mon égard. Je me souviens d’une nuit où je fus incapable de m’endormir, victime des premières manifestations de mon pouvoir : dès que je fermais les yeux, j’avais l’impression que de la lumière implosait dans mon crâne. Elle avait du entendre mes pleurs car elle était entrée dans ma chambre. Comprenant la nature de ce qui m’arrivait, elle était restée à mon chevet toute la nuit, séchant mes larmes et passant sa main incroyablement chaude dans mes cheveux. Elle m’avait raconté, je l’avais écouté, puis pour la première fois, nous avions discuté. De quoi exactement, je ne m’en rappelle pas très bien. Mais je me souviens que son regard cessait parfois d’être triste pour étinceler d’une douce chaleur aimante - et je me souviens aussi d’avoir été heureux, au point d’en regretter le lever du soleil.

Une certaine complicité naquit entre nous depuis cette nuit-là. Cependant, elle alternait entre ces moments de tendresse et une attitude froide, presque méprisante, que je n’étais pas à même de comprendre à l’époque. J’étais dérouté de ses sautes d’humeurs, sans que ça ne m’empêche de l’aimer. Elle revint de temps en temps accompagner mes nuits, et je ne compte pas les fois où nous avons veillé ensemble alors que j’étais victime d’une insomnie. Avec le recul, je me rends compte qu’elle ne se forçait sans doute pas à rester éveillée pour moi : elle était probablement réellement insomniaque.

Combien de nuits sans sommeil avait-elle dû passer depuis ma naissance ?

Un soir, je fus à nouveau incapable de m’endormir. Je laissais ma porte entrouverte : ma mère passait parfois dans le couloir et il s’agissait d’un signe pour lui faire comprendre que je ne dormais pas. Je n’osais jamais aller la chercher de moi-même, de peur qu’elle ne se montre froide à mon égard et rejette ma demande.

Elle vint. J’étais assis au bord de mon lit et seule la pâle lumière de la lune éclairait la pièce. Je commençais à bien contrôler mon pouvoir, aussi ais-je pu clairement distinguer son visage et me rendre compte que quelque chose n’allait pas. Son visage était figé dans une expression glaciale, mais ses yeux encore rouges montraient qu’elle avait pleuré. Alors que, dérouté, je ne disais rien, elle s’agenouilla face à moi pour me regarder dans les yeux, de ce regard dur que je n’oublierais jamais.

Et sans préambule, elle me raconta le secret de ma naissance.

Je ne saurais pas exactement décrire le tourbillon de sentiments qui s’empara de moi. Ses mots tranchèrent le mensonge dont je baignais depuis ma naissance et je sentis s’effondrer autour de moi l’univers qui avait été le mien. Elle ne prit aucun détour et ne ménagea pas ses paroles : j’eus droit à la vérité, sans qu’elle ne me laisse aucune illusion sur la raison pour laquelle mon père m’avait gardé auprès de lui. Sous le choc, je crois que je me suis mis à trembler. Son regard se fit alors plus doux et elle me murmura des paroles réconfortantes dont je n’ai plus le souvenir. Sa main caressa mes cheveux, essuya les larmes qui roulaient sur mes joues, descendit jusqu’à ma nuque. Elle enroula lentement ses doigts autour de mon cou et serra. Je suffoquais sans comprendre, tentais de me débattre, mais sa prise était trop forte. J’étais sur le point de m’évanouir quand elle sembla retrouver ses esprits et me lâcha brusquement, l’air horrifiée. Tandis que je reprenais douloureusement ma respiration, elle s’excusa d’une voix tremblante et esquissa un geste vers moi. Terrifié, je reculais machinalement. Elle se figea. Je crois que je n’oublierais jamais son visage défait à cet instant. Que signifiait ce regard qu’elle me jeta ? Etait-ce de la tristesse, de la haine, du regret, du dégout ? De l’amour, peut-être, un peu, malgré tout ? Je ne le saurais jamais. Elle se retourna et sortit de la pièce en courant, comme pour me fuir.

Le soir même, elle se suicida. Je venais d’avoir cinq ans, l’âge où sa fille était morte.

Bien sûr, mon père parla de « maladie inguérissable».  C’était d’autant plus crédible que tous ceux qui la côtoyaient l’avaient vu maigrir et s’affaiblir d’années en années, bien qu’elle ait toujours prétendu que tout allait bien. Pour ma part, je préfère éviter de trop y penser. Mais depuis ce jour, et sûrement jusqu’à mon dernier souffle, je sentirais le poids de sa souffrance peser sur ma vie et hanter chacun de mes gestes.  

Quand à ma vraie mère…après une longue insistance auprès de mon père, nous sommes allés rendre visite à la famille qui l’employait, sur l’archipel d’Hyorkan. J’avais dix ans. J’appréhendais cette rencontre autant que je l’avais désirée.  Alors que je scrutais chaque serviteur de la maisonnée, mon père me prit par l’épaule et me guida vers une minuscule pièce. Il m’y fit entrer et referma la porte derrière moi, me laissant seul avec une femme que je ne connaissais pas. Elle avait de longs cheveux noirs, plus ondulés que les miens. Sa silhouette était plutôt fine et elle était encore assez jeune pour que son visage soit dépourvu de rides, contrairement à la défunte épouse de mon père. Sa peau était un peu plus mâte que la mienne, ses yeux plus sombres.  Je ne cessais de chercher dans son visage des traits qui me rappelleraient les miens, mais je me souviens avoir songé qu’elle ne me ressemblait pas particulièrement. L’aurais-je reconnue, si je l’avais croisée dans la rue ? Je n’en suis pas certain. Je l’aurais sans doute prise pour une esclave comme une autre, sans lui accorder un regard.

Pourtant, la façon dont elle me regardait ne laissait place à aucun doute quand à son identité.

D’une voix douce, elle m’invita à m’asseoir, mais je ne bougeais pas, incapable du moindre mouvement. Alors elle s’approcha de moi et s’agenouilla à ma hauteur. Elle me posa des questions sur ma vie, auxquelles je répondis  avec une assurance feinte. Je la vouvoyais, instaurant dès le départ une certaine distance entre nous. Je crois que ça la rendit triste, mais elle n’en montra rien et usa aussi du vouvoiement. Pour être franc, je ne me rappelle plus très bien ce que nous nous sommes dit, tant j’étais nerveux. La tension dans la pièce était palpable et mon cœur battait à la chamade. J’étais en présence de l’étrangère qui m’avait mit au monde. Alors que j’avais tant attendu cette rencontre, je souhaitais soudain qu’elle n’ait jamais eue lieue, tant elle me rendait mal à l’aise.

Au bout d’un certain moment, mon père revint frapper à la porte et m’informa qu’il était temps de partir. Ma mère eut alors un geste surprenant et me prit dans ses bras. Ce fut comme si elle brisait la barrière que je m’étais efforcé de maintenir autour de mes sentiments : je sentis mes mains s’accrocher à elle et mes yeux se charger de larmes, bien que je me refusais à les laisser couler par fierté. « Je t’aime, Khaled », me murmura-t-elle. Bien que mon cœur se réchauffa autant qu’il se serra à ces mots, je ne compris pas et lui demandai pourquoi elle me nommait ainsi.  Elle me répondit que c’était mon prénom, celui qu’elle avait elle-même choisit le jour de ma naissance, et qu’avait porté son grand-père avant moi. Mon père l’avait changé sans qu’elle n’ait son mot à dire, mais elle avait continué de me nommer ainsi toutes les fois où elle pensait à moi. Et elle m’avoua qu’il ne s’était pas écoulé un jour sans qu’elle ne pense à moi. Ma gorge était tellement nouée que je ne pouvais pas lui répondre, sous peine d’éclater en sanglots.
Derrière la porte, mon père insista. Je devais partir. Ma mère me lâcha et essuya les larmes aux bords de mes paupières, avant de me dire d’y aller. J’ai redressé la tête et lui ais promis que je reviendrais la voir, que je ne l’oublierais pas, ni elle, ni le nom qu’elle m’avait donné. Elle se contenta de sourire tristement, avec l’air de ceux qui ne croient plus aux promesses. Je fis mine de ne pas m’en rendre compte et après une dernière étreinte, je ressortis. Voyant mes yeux rouges, mon père me fit sèchement remarquer qu’un homme ne devait pas pleurer.  Ce fut son seul commentaire, alors que je venais de rencontrer pour la première fois la mère dont il m’aurait sans doute toujours caché l’existence s'il en avait eu la possibilité. C’est probablement à partir de ce jour-là que l’enfant que j’étais cessa d’admirer aveuglément cet homme.

J’attendis sa mort, bien des années plus tard, pour racheter ma mère à mon service et enfin apprendre à la connaitre.

Partie II: Corsaire

Dès mes douze ans, mon père commença à m’emmener sur son navire pour de courts voyages. J’étais destiné à lui succéder et selon lui, plus tôt j’apprendrais, mieux ce serait. Je grandis ainsi entouré d’anciens pirates et de marins en tout genre, développant un vocabulaire peu commun aux nobles que mon père m’interdit formellement d’user à terre. Enfant, j’étais assez libre de mes mouvement sur le bateau et aidait les marins dans leurs tâches quand ma corpulence me le permettait, tandis qu’un membre de l’équipage m’apprenait les bases du combat, de la navigation et de la cartographie quand il avait du temps à me consacrer. Évidemment, lors des batailles, je restais sur le navire, enfermé dans une cabine sous la garde de mon khamsien – à savoir mon oncle maternel. La seule chose que je pouvais en voir était les blessés et les morts qu’on ramenait sur le pont. On ne me cacha jamais cette réalité : très tôt, j’eus conscience qu’un jour, ce pourrait être mon père qu’on porterait sur un brancard, et que ce serait son visage qu’on recouvrirait d’un voile blanc.  Qu’un jour, ça serait peut-être moi. Je me souviens particulièrement d’un jour où, ayant apprit qu’un des marins avec qui je jouais souvent avait été blessé, j’étais venu dans la cabine du médecin de bord malgré l’interdiction de mon oncle. J’admirais beaucoup cet homme ; je pourrais même dire sans hésiter qu’il s’agissait d’un modèle pour moi.  

La vision de son visage défiguré, de  la scie du médecin, et du lamentable morceau de chair sanglant qui pendait à la place de son bras se grava à jamais dans ma mémoire.

J’avais treize ans. On me força à sortir de la pièce, mais je me rappelle avoir vomi dans le couloir. Ce marin ne passa pas la nuit, mais il hanta longtemps les miennes.

Quand j’eus quatorze ans, mon père me déclara officiellement membre de l’équipage à part entière. Bien sûr, j’avais conscience qu’on ne me traitait pas comme tout le monde : j’étais le fils du capitaine, le noble qui était destiné à lui succéder un jour. Mais mon père veillait la plupart du temps à ce que je ne reçoive aucun traitement de faveur et je faisais en sorte de ne rien faire qui puisse inciter quelqu’un à m’en accorder. Mes leçons de combat s’intensifièrent et je participais un jour à mon premier abordage. Deux hommes avaient reçus pour charge de me protéger et je ne fus pas blessé. Ce ne fut que lors de mon deuxième abordage que je tuais pour la première fois un homme, écopant au passage de ma première blessure, une longue estafilade sur le flanc droit. Dans le feu de l’action, je ne m’étais pas bien rendu compte de la portée de mon geste meurtrier : je n’ai réalisé qu’après que je venais d’ôter la vie. Une fois de retour sur le Pèlerin, j’ai vidé mon estomac par-dessus bord. Mais j’avais grandis en sachant qu’empêcher les pirates de nuire était le but même de mon existence et ne remit pas longtemps en question cette « noble cause ». C’était toujours préférable à la vie d’esclave à laquelle j’avais échappé.

Un jour, mon père tomba malade. C’était assez grave pour qu’on lui interdise de se déplacer hors du manoir. Étant donné mon jeune âge, ce fut mon oncle paternel qui le remplaça en tant que capitaine du navire, devenant par la même occasion mon responsable. Je ne l’avais jamais aimé. C’était un noble sans-le-sou qui crachait des horreurs dans le dos de mon père. Je savais qu’il désirait sa mort et la mienne : en tant que troisième enfant de mes grands-parents, ce serait lui qui hériterait de toutes ses possessions si jamais nous venions à mourir, lui qui n’avait jamais eu droit au moindre héritage. Je ne lui accordais jamais ma confiance – et j’eus d’ailleurs bien raison.

Quand il tenta de m’assassiner pour la première fois, j’avais quinze ans.

Notre bateau avait fait escale à Hyorkan pour deux semaines, le temps de faire quelques réparations importantes, et notamment s’occuper de nos Outres à Vents déficientes.  Victime d’une de mes fréquentes insomnies, j’avais quitté le navire pour la soirée.

Mal m’en prit.

Ils étaient six. Six hommes armés et aguerris contre l’adolescent encore trop jeune et inexpérimenté que j’étais. Bien que j’eusse mon sabre avec moi, il était clair que je n’avais aucune chance de m’en sortir. Impossible de me servir de mon pouvoir pour m’enfuir : je l’avais déjà utilisé au-delà de mes limites dans la journée lors d'un entrainement.  Heureusement, on m’avait toujours prêté un grand talent au maniement de l’épée : c’est sans doute cela, ajouté à l’obscurité ambiante qui gênait mes adversaires tandis qu’elle n’était qu’une formalité pour moi, qui fit que je parvins à en mettre la moitié en déroute sans recevoir de blessure mortelle. Mais je ne serais sûrement plus là pour m’en vanter si quelqu’un n’était pas arrivé à temps.

Cette nuit-là, un homme me sauva la vie. Ce n’était pas n’importe quel homme, en vérité, mais ça, je ne l’appris que plus tard - bien trop tard. Il surgit sans que ni moi ni mes assassins ne l’ayons vu venir et les mit hors d’état de nuire sous mes yeux écarquillés. Je ne pus que regarder la scène, ébahi, brandissant toujours ma lame dans mes mains tremblantes. En quelques minutes à peine, ce fut terminé, et l'inconnu se tourna vers moi.

Évidemment, je savais qui m’avait envoyé ces assassins. Ma dernière envie était de retourner au navire, surtout dans l’état dans lequel j’étais. Je sentais du sang se déverser le long de ma jambe et mon épaule droite  me brûlait atrocement. Ma tête commençait à tourner. Je compris vaguement que l’homme me parlait et dus me concentrer pour comprendre ce qu’il me disait. Quelque chose comme quoi je devrais retourner chez moi, que les environs étaient dangereux. Ma vision s’embrumait, j’avais du mal à distinguer son visage. Je réussis tout de même à répondre, avec une fausse assurance, qu’il venait de me sauver la vie, et que je ne mépriserais pas son geste au point d’aller droit vers la mort.

Je crois qu’il me répondit quelque chose, mais je sus jamais quoi, car je ne tardais pas à m’effondrer pathétiquement sur le sol.

Je repris connaissance dans une chambre miteuse, allongé dans un lit dans lequel j’étais certain de n’avoir jamais dormi. L’homme était assit à mon chevet, en train de soigner mes blessures. Il avait les mains incroyablement chaudes, et la douceur de ses gestes me faisait presque oublier l’inconfort dans lequel j’étais (presque, parce que je découvrais pour la première fois qu’avoir une épaule transpercée, c’était quand même sacrément douloureux). Je pouvais enfin distinguer ses traits. Il était plus âgé que moi : la vingtaine, peut-être un peu plus. Il avait de courts cheveux blonds, des yeux gris comme l’acier, une barbe mal rasée, et une voix rieuse. Contrairement à ce que je pensais, il ne m’assaillit pas de questions, se contentant de me demander mon nom.

Je lui répondis « Khaled» sans même avoir à réfléchir.

Je passais les deux semaines que dura l’arrêt du navire sur Hyorkan en sa compagnie. Au départ, mes blessures m’empêchaient de me déplacer et il m’avait fait comprendre que je pouvais rester ici jusqu’à ce qu’elles se soient refermées, puisque je lui avais dit n’avoir aucun endroit où aller. Ce n’était d’ailleurs pas tout à fait la vérité : j’avais bien une cousine sur l’archipel qui m’aurait sans doute aidé si je lui en avais fait la demande, et après réflexion, retourner sur le bateau n’aurait pas été si risqué que ça, entouré de marins fidèles à mon père qui, je sais, ne m’auraient pas lâché d’une semelle. De toute manière, je ne pouvais pas fuir mon oncle éternellement, d’autant que je n’avais aucune preuve contre lui. Cependant, cet homme qui m’avait secouru me rendait inexplicablement curieux. Il me dit s’appeler Mareth,  mais je ne réussis pas à en savoir plus sur qui il était et ce qu’il faisait. Au départ, il était assez distant, passant une bonne partie de son temps à l’extérieur tandis que j’étais forcé de rester allongé. Il changeait juste mes bandages de temps en temps et nos échanges de paroles, bien qu’agréables, étaient assez brefs. Puis, petit à petit, nous nous rapprochâmes. Il sortit de moins en moins, nos discussions se firent plus longues et nos rires partagés, plus fréquents. Dès que je commençais à aller mieux, il m’apprit à cuisiner, moi qui, en bon noble que j’étais, n’avais jamais préparé le moindre aliment, et n’hésita d’ailleurs pas à se moquer de mes piètres performances. En fait, quand j’y repense, il se moquait souvent de moi, s’étant rapidement aperçu que je ne connaissais pas grand-chose du monde. Je dus apprendre à cesser de me vexer pour un rien et apprécier le second degré, choisissant plutôt de rire avec lui de mes maladresses et de mon ignorance. A ses côtés, le temps passa à une vitesse étonnante, et avant que je m’en aperçoive, il était déjà temps de retourner au navire.

La nuit précédent mon départ, Mareth sortit ses réserves d’alcool et me fit trinquer avec lui.  Ce n’était pas la première fois que je buvais, mais je n’en avais pas vraiment l’habitude. Ma tête se fit rapidement plus légère. Il dut s’apercevoir que je ne tenais pas l’alcool et, avec un rire, il me retira mon verre des mains. Mû par une subite impulsion, j’attrapais alors son poignet et l’attirait soudain vers moi. Avant de pouvoir vraiment réaliser ce que je faisais, mes lèvres se retrouvèrent sur les siennes, avides. Passé l’instant de surprise, il ne fallut pas longtemps pour que nous migrions vers son lit et que ses mains fassent glisser mes vêtements au sol.

Comment en sommes-nous arrivé là ? Ce n’était pas dû à l’alcool, ou alors il n’avait joué qu’un rôle mineur. La vérité, et je devais bien me l’avouer, c’est que ça faisait longtemps que je désirais ça. Depuis le premier instant, peut-être. J’ignore s’il s’agissait d’amour, mais j’avais développé envers lui une attirance si forte que, me sachant sur le point de le quitter, je n’avais pas su réfréner.

Non, que je n’avais même pas essayé de réfréner.

Le lendemain, sur le pas de sa porte, nous nous sommes longuement regardé. Nous n’avons pas reparlé de la nuit passée, ni échangé le moindre baiser. Il m’a tendu juste tendu sa main et je l’ai serré dans la mienne. Nous avons ensuite échangés quelques paroles futiles, puis je l’ai remercié pour tout ce qu’il avait fait. Quand je lui ai demandé si je pourrais revenir le voir, il s’est contenté de rire, ce qui était une réponse sans en être une. Je n’ai pas insisté, blessé mais trop fier pour le montrer, et suis partis. Une fois dans la rue, je ne pus malgré tout m’empêcher de me retourner une dernière fois, mais il avait déjà fermé sa porte, et une brève page de ma vie avec.

Quelques années passèrent. Je réussis à prouver les manigances de mon oncle, qui fut emprisonné. Mon père ne guérit jamais totalement et finit par décéder de sa maladie ; à peine majeur, je dus prendre sa succession et devenir à mon tour le capitaine du Pèlerin. J’écumais les mers en tant que corsaire et malgré mon jeune âge,  mon nom commença à se faire connaitre. Je frôlais de nombreuses fois la mort, n’en réchappant parfois que de justesse –  beaucoup furent ceux de mon entourages qui n’y réchappèrent pas.  Diverses cicatrices vinrent s’inscrire sur mon corps, et sur mon cœur aussi.

Ma route et celle de Mareth se rencontrèrent à nouveau, là où je ne l’aurais jamais attendu : sur le pont d’un navire pirate où j’avais lancé l’abordage. Quand nos regards se croisèrent, nous nous figeâmes tous les deux. Cela ne dura que quelques secondes, mais j’étais certain qu’il m’avait reconnu. Et moi, comment aurais-je pu oublier son visage ? Mais nous nous fîmes chacun happer par le tourbillon des combats qui sévissaient autour de nous, et je le perdis de vue. Tandis que mon sabre volait dans tous les sens, je sentais ma tête bourdonner d’une myriade de pensées confuses.

Cet homme à qui je devais la vie, cet homme que je cherchais à retrouver depuis des années, sans aucun succès jusqu’à ce jour, était un pirate. J’allais détruire son navire, tuer son capitaine,  ses camarades d’équipages, et l’envoyer à la mort. Était-ce ainsi que j’allais rembourser ma dette envers lui ? Était-ce là tout ce qu’il méritait ? Oui, il avait ôté la vie à des innocents. Il avait pillé et coulé des navires sans défense, et sans doute participé à de nombreuses atrocités. Mais tandis que ma lame pourfendait un pirate qui était peut-être son ami, je me remémorais  ces moments passés en sa compagnie. Cette soirée où il avait brandit son sabre contre mes assassins sans même me connaitre, ces journées passées à s’occuper de mes blessures alors qu’il ne me devait rien.  Sa façon particulière de se moquer du gamin ignorant que j’étais, contrastant avec la douceur de ses gestes quand il me soignait. Tous ces rires que nous avions échangés, et parfois, aussi, ces brefs moments d’intimité. Cette nuit que nous avions passé ensemble.

Alors que j’évitais de justesse le tranchant d’une lame ennemie, je compris avec douleur que ces pirates qu’on m’avait fait haïr durant toute ma jeunesse étaient aussi des êtres humains.

Nous gagnâmes la bataille. Je laissais mon second se charger de la suite des opérations et me mit frénétiquement à la recherche de Mareth. Il ne faisait pas partit des prisonniers. Je scrutais chaque cadavre avec la peur de reconnaitre son visage. J’ignorais ce que j’allais faire si je le retrouvais mort – et encore plus si je le retrouvais vivant.

Finalement, c’est bien vivant que je le retrouvais. Mais au vu de son état, ça n’allait pas durer longtemps.

Il était étendu sur le pont arrière. Je m’agenouillais à ses côtés, et il ouvrit les yeux.  Ses blessures étaient trop importantes pour être soignées, je crois qu’il le savait. Même si je l’avais confié au médecin de bord, cela n’aurait rien changé. Et c’est en prenant conscience de mon impuissance que les larmes me vinrent aux yeux.

Malgré le sang au bord de ses lèvres, il esquissa un sourire méprisant. Mais je lisais aussi de la peur dans son regard, et autre chose de plus diffus que je ne réussis pas à identifier. Je me suis demandé s’il regrettait de m’avoir sauvé, mais ne lui posais pas la question, car je n’avais aucun doute sur la réponse. Dans un souffle, je lui demandai s’il y avait quelque chose que je puisse faire pour lui. Sa réponse ne se fit pas attendre : il me couvrit d’injures, toutes plus abominables et méritées les unes que les autres. Il crachait du sang à chaque nouvelle invective, mais dans sa rage, ça ne semblait pas le décourager. S’il en avait eut la force, il aurait sans aucun doute tenté d’accomplir lui-même ce à quoi les hommes dont il m’avait sauvé quand j’avais quinze ans avaient échoué. Sans rien dire, j’encaissai. Puis, quand il eut épuisé son répertoire d’insultes, il se calma. Il était livide, et ses membres tremblaient. La colère avait vidée le peu d’énergie qu’il lui restait. Après un instant passé à rouvrir et à fermer successivement les lèvres sans un son, il me balbutia finalement que son frère était le médecin de bord de ce navire. Chaque mot semblait lui être devenu atrocement douloureux, aussi hochai-je rapidement la tête, comprenant ce qu’il me demandait.

A défaut de pouvoir le sauver lui, je lui fis le serment que je sauverais son frère.

Son regard se voilait déjà. Pourtant, il continuait de me fixer. D’une main tremblante, il m’agrippa le bras, et planta fermement ses ongles dans ma peau, comme pour s’agripper à moi. Ses lèvres remuèrent silencieusement dans le vide, comme s’il essayait de me dire autre chose. La macabre vision de son ventre à moitié ouvert était difficile à supporter et son agonie ne semblait pas vouloir se terminer, aussi décidais-je d’abréger ses souffrances. Je tirais un poignard de ma ceinture. Des larmes silencieuses que je ne cherchais plus à retenir dévalaient mes joues et ma main tremblait un peu, mais je le regardai droit dans les yeux, guettant un signe d’approbation de sa part. Apparemment incapable de parler, il hocha difficilement la tête.
Je plantai alors mon arme dans son cœur. Après un dernier spasme, il lâcha mon bras et sa main retomba lentement sur le sol. Je séchais mes larmes et, refusant de jeter un dernier regard à son cadavre, regagnai le pont de mon navire sans me retourner.

Je me renseignai pour savoir ce qu’il était advenu de leur médecin et apprit avec soulagement qu’il faisait parti des prisonniers. Nous rentrâmes à Zealyv où, malgré les risques, je m’arrangeais pour le faire évader en toute discrétion, puisqu’il refusait fermement de devenir corsaire. Mon geste n’était pas motivé par un quelconque altruisme : il ne s’agissait pour moi que d’une manière égoïste de soulager ma conscience. Ma dette était payée et mes remords s’en portaient bien mieux. Je n’entendis d’ailleurs plus jamais parler de ce pirate. Je ne sais où il est allé, s’il s’est rangé ou s’il a choisi d’embarquer sur un autre navire…en fait, j’ignore jusqu’à son nom. Et à vrai dire, peu m’importe : je ne veux plus jamais en entendre parler.

Cela fait maintenant presque dix ans. Mais il m’arrive encore de me demander ce que Mareth, juste avant que je ne l’achève, avait voulu me dire.  

Partie III : Pour le meilleur et pour le pire

Comme la majeure partie des nobles, je n’eus pas le loisir de choisir celle qui partagerait ma vie. Ce choix revint à ma famille, en l’occurrence à mon père. Je n’eus cependant jamais à m’en plaindre. Ma fiancée, Erin,  était la cadette d’une famille de chevaliers de Sferniza, dont certains membres étaient eux aussi corsaires. Je l’avais toujours appréciée, peut-être à cause de son caractère bien plus trempé que la moyenne. Elle ne se contentait pas d’être d’une beauté à vous ravager le cœur : elle était forte, tant au sens propre qu’au sens figuré. Même si notre mariage était déjà prévu de longue date, je lui fis la cour comme il se devait une fois ma majorité atteinte, et l’épousait alors que nous allions sur nos vingt ans. Elle était alors corsaire et officiait en tant que second sur le navire de sa sœur ainée, mais elle cessa définitivement ses activités quand elle tomba enceinte d’Emily, notre fille.  Celle-ci, destinée à devenir mon héritière,  naquit sur Zealyv. L’accouchement s’avéra difficile, et à terme, on déclara à Erin qu’elle ne pourrait plus porter d’autres enfants. Peut-être pour cette raison, et aussi parce que ma femme et moi avions tout deux souffert de la froideur de nos parents, nous avons entouré notre unique fille d’une affection et d’un amour sans bornes

Encore aujourd’hui, les souvenirs de notre vie à trois comptent parmi les plus doux dans ma mémoire.

Un jour, à la fin de l’été, on vint me trouver  dans ma demeure alors que j’étais assis à mon bureau, en train de faire quelques comptes.  Ma femme était absente : elle était partie rendre visite à sa sœur sur son archipel d’origine. Un vent frais secouait la plaine et me rafraichissait agréablement depuis la fenêtre que j’avais laissée ouverte pour apaiser la chaleur étouffante de la pièce. Le soleil brillait dans un ciel sans nuage : c’était une belle journée, ensoleillée comme je les aimais. Trois personnes se présentèrent à ma porte : mon majordome et deux marins que je connaissais de loin. Je me levai et, après de brèves salutations d’usage, m’enquérais de la raison de leur visite. Ils avaient tous un air grave qui ne me plaisait guère et j’avais compris que les nouvelles qu’ils s’apprêtaient à m’apporter n’avaient rien de réjouissant.

Cependant, je ne me serais jamais attendu à cette annonce. Elle tomba  lourdement sur mes épaules, brutale et inattendue  – je dus même vaciller sous le choc.

Erin, morte.

A vrai dire, je crois que je ne compris pas tout de suite. J’eus un instant l’envie de leur demander de répéter, mais je savais avoir parfaitement entendu. D’une voix   que je m’efforçais de maintenir calme, je demandais :

-Comment ?

Une tempête, me répondit-on. Elle les avait surprit il y a un peu moins d’une semaine, alors qu’ils rentraient sur l’archipel.  Sous la violence des vents, des voiles s’étaient arrachées, puis le mat avait finit par tomber. Une Outre aurait été sévèrement endommagée. Le capitaine aurait donné l’ordre d’abandonner le navire, alors que celui-ci menaçait de se retourner. Mais Erin n’avait pas réussit à rejoindre  l’embarcation de sauvetage à temps.

Je n’entendis pas ce qu’ils me dirent ensuite. C’était comme si quelque chose s’était soudain arrêté en moi. Quelque chose s’était brisé et un grand vide avait prit sa place – un vide terrifiant, qui semblait vouloir m’engloutir dans ses ténèbres. D’une voix blanche, je demandai qu’on me laisse seul.

Je suis un corsaire. Ce n’est pas comme si je n’avais pas l’habitude de la mort : c’est mon quotidien. Combien de fois ais-je vu le sabre d’un pirate transpercer celui avec qui j’avais ris la veille ? Combien de fois me suis-je précipité vers lui pour le venger puis, une fois le danger passé, attrapé ses mains sans se soucier du sang qui venait tâcher les miennes pour me rendre compte qu’il était trop tard pour le sauver ? Combien de dernières volontés, d’espoirs envolés, de supplications auxquelles je ne pouvais répondre, de malédictions et d’aveux rédempteurs ais-je écouté, parfois transmis à des familles en deuil ?  
Mais là, ce n’était pas pareil. Je ne l’avais pas vu mourir. Au moment où elle tombait, je n’ai pas pu essayer de la retenir. Non, j’étais chez moi, affairé à quelques inutiles occupations, à des lieues d’imaginer ce qui lui arrivait. Il n’y a pas eut de longues veillées entre la vie et la mort, pas de main à prendre, pas de déclarations d’amour désespérées alors que l’inéluctable approchait. Je ne saurais jamais à quoi ressemblait son visage avant la fin. Sa dernière expression, sa dernière pensée, ses dernières paroles. Que m’aurait-elle dit ? D’ailleurs, que m’a-t-elle dit en dernier ? Avant de partir pour le port, ce matin si semblable aux autres…si j’avais su que c’était la dernière fois que j’entendais sa voix, j’y aurais prêté plus d’attentions. Et je l’aurais empêché de partir. Mais comment aurais-je pu le prédire ?

La banalité de cette mort me semblait presque absurde. Comment avait-elle osé me faire ça ? Je n’avais rien où diriger ma haine : il n’y avait pas de vengeance possible contre une tempête. Mon corps s'était mis à trembler. Je me fis la réflexion que cette mort était ridicule, indigne d’elle. Sans trop savoir pourquoi, j’éclatais alors d’un rire qui n’avait rien de naturel - un rire fou, incontrôlé, presque effrayant, comme le rire de quelqu'un qui aurait perdu la raison. Ma voix se mit cependant à vaciller, laissant peu à peu place aux sanglots contenus dans ma gorge. Mes jambes lâchèrent et pour la première fois depuis bien longtemps, je me laissais fondre en larmes.

Notre fille t’aura à peine connue, Erin. Tu as pensé à elle ? A moi ?

Les premiers temps furent durs. Combien de matins me suis-je réveillé en cherchant sa présence à mes côtés, ne réalisant qu’après de nombreuses minutes qu’elle était partie pour toujours ? Je me souviens avoir souvent souhaité de rester dans cette douce et cruelle illusion que m’offraient les brumes du sommeil. Au moins, durant ces moments-là, la douleur cessait de m’étreindre.  J’ignore également le nombre de fois où, enthousiasmé par une quelconque nouvelle, j’appelais ma femme à travers le manoir pour la lui faire partager avant de me rendre compte au visage mortifié des serviteurs, qui devaient me prendre pour fou, que si la demeure restait silencieuse, c’était parce qu’elle n’était plus là pour me répondre. Qu’elle ne serait plus jamais là.
Je multipliais les assauts contre les pirates, au-delà des limites du raisonnable. Quelque part, je crois que j’espérais mourir ; mais à chaque fois, je restais invariablement en vie, et je finissais toujours par rentrer entier dans une demeure vide de sa présence. Heureusement, ma fille était toujours là ; en y repensant, c’est sans doute grâce à elle si je ne me suis pas laissé mourir, et si ma lame n’a jamais flanché quand je me retrouvais face à un pirate. Mais je dus aussi affronter ses larmes, et apprendre à retenir les miennes les nombreuses fois où elle se mettait à crier pour réclamer sa mère.

Petit à petit, pourtant, j’allais mieux. Je m’habituai à cette douleur. La blessure se referma lentement, même si elle laissa une longue cicatrice en travers de mon cœur. Au bout d’un an de deuil, j’ôtai mon alliance. Je ne lui jurais pas une fidélité éternelle – après tout, je sais qu’elle ne l’aurait pas exigé et que, de toute manière,  je ne m’y serais pas tenu.

Mais malgré le temps qui passait et les occasions qui se présentaient, je ne me suis pas remarié. Et c’est là, par respect envers elle,  une chose que je ne referais jamais.  



Pouvoirs


Pouvoir primaire : Air.


Shaheen est capable de sauter bien plus loin et de tomber de bien plus haut que les humains normaux. Ses bonds sont d’une légèreté sans pareille, et ses chutes sont la plupart du temps de doux atterrissages là où d’autres se seraient au moins brisé un membre. Naturellement, plus la hauteur sera grande, plus il dépensera d’énergie pour la franchir. De même, il a ses limites, et il y a des sauts qu’il ne peut accomplir ainsi que des chutes qu’il ne peut amortir. Cependant, la plupart du temps, à moins d’être particulièrement épuisé, il n’a aucun mal à utiliser ses facultés.

Pouvoir secondaire : Lumière.


Shaheen est nyctalope : il distingue sans peine son environnement, même plongé dans l’obscurité, tant que cette dernière n’est pas totale. Ce pouvoir ne nécessite que très peu d’énergie et il arrive même qu’il enclenche cette capacité sans s’en rendre compte.
Il est également capable de voir plus clairement que les autres au travers d’aléas climatiques tels que la brume ou les tempêtes, mais dans ce genre de cas, l’utilisation de son pouvoir l’épuisera plus rapidement et sa vision restera assez limitée.





Et après ?


PSEUDO/PRÉNOM : Appelez moi comme il vous plaira.
ÂGE : 17 ans.
SEXE : « Blah. »
COMMENT T'ES-TU RETROUVÉ ICI : Tenté via un partenariat.
CODES DU RÈGLEMENT :Validé ~
UN AVIS, UN DERNIER MOT : "Blah", c'est un très beau dernier mot. Subtil et fin, comme je les aime.

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Messages : 171

MessageSujet: Re: Shaheen de Fallones   Jeu 10 Avr - 21:14

Salut à toi, et bienvenue sous ces cieux ~

Une fiche bien agréable à lire, longue et sans le moindre reproche à lui adresser, ainsi qu'un personnage intéressant et attendrissant. Que demander de plus ? Un mouchoir pour sécher les larmes des deux administrateurs, peut-être...

Tu as donc notre approbation pour prendre ton envol, à la rencontre de ton destin.
N'oublie pas d'activer et de remplir ton passeport dans ton profil.

Que les Vents te soient favorables ~


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Shaheen de Fallones

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